MIA EDENBERG
BENJAMIN SHIELDEN
ESPRIT RECONTRE MIA EDENBERG ET BENJAMIN SHIELDEN
Nous avons récemment accueilli Mia Edenberg et Benjamin Shielden dans nos locaux à Confolens. Compositeurs, producteurs et professionnels du son, ils sont venus découvrir l’entreprise, visiter nos ateliers et échanger avec l’équipe autour de notre manière de travailler.
Mia et Benjamin ont collaboré sur de nombreux projets, aussi bien pour le cinéma que pour le jeu vidéo et la création musicale.
Parmi eux figurent notamment la bande originale du film Colt 45, sorti en 2014 avec Gérard Lanvin et JoeyStarr, ainsi que des projets liés aux univers de Dishonored et Tom Clancy’s The Division 2. Plus récemment, ils ont également composé la bande originale de Hangin’ Off!, portée par une esthétique arcade rétro mêlant musique électronique, synthwave et sonorités inspirées du jeu vidéo. À cela s’ajoutent de nombreux albums, projets de création originale et musiques destinées à la publicité.
À l’occasion de leur venue, Mia et Benjamin nous ont présenté ESPRIT 70, un album composé spécialement pour Esprit. Nous avons eu la chance de découvrir cette création pour la première fois dans notre auditorium, sur nos enceintes Lisa.
Ce moment d’écoute a permis de découvrir leur travail dans des conditions très différentes de celles du studio, mais aussi d’échanger autour de la manière dont une œuvre évolue une fois reproduite sur un système haute fidélité.
Lors de leur venue, Mia et Benjamin ont également accepté de se prêter au jeu de plusieurs petites interviews et formats courts, à retrouver sur notre compte Instagram.
L’occasion d’en apprendre un peu plus sur leur parcours, leur manière de travailler, leur rapport à la musique et à la haute fidélité.
Retrouvez ci-dessous leur interview complète.
Entretien avec Mia Edenberg et Benjamin Shielden
INTRODUCTION
Pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter et définir aujourd'hui votre travail ? Qui êtes-vous ?
Mia : Je suis Mia Edenberg et je suis compositrice de musique pour le cinéma, la publicité et pour les albums que nous réalisons. Je travaille aussi sur toute la partie visuelle : réalisation, graphisme, montage, clips et artworks.
Benjamin : Pour moi, c'est à peu près la même chose. Je suis compositeur et auteur. Nous travaillons dans le domaine du cinéma, des séries, du jeu vidéo, de la publicité de luxe, et nous faisons également nos propres albums. À côté de cela, je suis écrivain et scénariste. Je suis aussi ingénieur du son, pour le mixage, le mastering et la scène.
PARCOURS MUSICAL
Quand est-ce que la musique est entrée dans votre vie ?
Mia : La musique a toujours été dans ma vie, depuis que je suis jeune adolescente.
Vous avez suivi une formation classique, un conservatoire, ou plutôt appris en autodidacte ?
Mia : Plutôt en autodidacte.
Benjamin : De mon côté, j'ai beaucoup appris au contact de gens qui savaient extrêmement bien travailler. J'ai eu la chance d'être accueilli en stage, parfois de manière informelle, par des gens très compétents. J'ai appris lentement, en regardant travailler les meilleurs. Pour le mastering, par exemple, j'ai beaucoup appris en observant Antoine Chabert. Cela a pris du temps, mais aujourd'hui je peux gérer l'ensemble de la chaîne de production.
INFLUENCES ET CULTURE MUSICALE
Est-ce qu'il y a des artistes ou des univers qui vous ont particulièrement marqués et qui constituent encore des références dans votre travail ?
Benjamin : Ce qui m'a marqué en premier lieu, c'est la première vague de French Touch, au sens large, de Daft Punk à Air et toute cette mouvance. Je crois que c'est vraiment ce qui nous a construits en tant qu'artistes. Entre le trip-hop et la French Touch, il y a une vraie base commune chez nous. Mais cela remonte encore plus loin. Quand j'avais trois ans, mon père m'avait enregistré un concert de Jean-Michel Jarre sur cassette vidéo. Il me laissait le mercredi matin avec le magnétoscope et, quand il rentrait du travail le soir, j'étais encore en train de regarder le même concert que j'avais rembobiné dix fois dans la journée. Jean-Michel Jarre et Vangelis font partie de mes premières émotions musicales.
Il y a donc finalement beaucoup de références françaises dans votre culture.
Benjamin : Oui, en fin de compte nous sommes aussi les produits de notre culture nationale. Gainsbourg, par exemple, nous inspire beaucoup. Pour moi, l'élégance de certaines années est parfaitement incarnée par Gainsbourg. Ce dandysme, cette manière d'avoir du caractère, c'est quelque chose de très fort.
COMPOSER POUR L’IMAGE
Vous travaillez pour le cinéma, les séries, les films, les jeux vidéo. Votre manière de composer change-t-elle selon le support ?
Benjamin : C'est radicalement différent. Quand nous travaillons pour un support qui n'est pas l'un de nos propres albums, nous nous mettons au service d'un projet. Notre identité est là pour servir la vision de quelqu'un d'autre : un producteur, un réalisateur, un music supervisor, une équipe de jeu vidéo ou les différentes couches de validation en publicité. Nous apportons le maximum de singularité et d'identité, mais nous restons des équipiers. Et nous avons la chance de travailler avec des gens que nous respectons beaucoup. C'est plaisant de se mettre au service de personnes dont on admire le travail, le talent et la vision.
Lorsque vous démarrez un projet, est-ce qu'une image ou un univers visuel peut être le point de départ ?
Mia : Oui. Une image peut suffire à déclencher tout un univers.
Benjamin : Mia peut prendre une image d'un film ancien et développer autour d'elle tout un univers graphique et musical. Dans sa tête, l'album peut déjà exister presque entièrement. La difficulté, puisque nous travaillons à deux, est ensuite de réussir à transmettre l'émotion associée à cette vision. Il faut se mettre sur la même longueur d'onde. Quand l'idée vient de l'un de nous, l'autre doit l'épouser.
CRÉER À DEUX
Comment gérez-vous les questions d'ego ou les divergences de vision lorsque vous créez ensemble ?
Benjamin : Nous sommes dans un rapport symbiotique. Nous vivons ensemble, nous sommes mariés, et l'ego n'est pas le moteur de la création. Nous avons en permanence des idées : aujourd'hui, dans notre liste de projets, il y a vingt-huit albums ébauchés ou commencés. Nous n'aurons probablement pas assez de temps dans cette vie pour réaliser toutes nos idées. Le sujet n'est donc pas de défendre son territoire. Il faut simplement réussir à se syntoniser sur la fréquence de l'autre. Quand une idée vient de l'un de nous, il faut que l'autre comprenne l'émotion qui l'a fait naître.
Mia : À partir du moment où l'on comprend l'émotion associée, on peut construire autour. Il faut définir la couleur de cette émotion, et ensuite on tisse la toile. Je pense aussi que les conflits d'ego témoignent souvent de fragilités plus larges que la musique elle-même. Nous nous sommes rencontrés à un âge où nous avions déjà eu le temps de nous construire individuellement. Cela rend les choses plus simples.
POURQUOI LA HAUTE FIDÉLITÉ ?
À quel moment la haute fidélité est-elle devenue importante dans votre parcours artistique ?
Benjamin : Pour nous, c'est vraiment une question de complémentarité. Mia avait un besoin qu'elle ne retrouvait pas dans le matériel dit professionnel destiné aux studios. Il y avait parfois quelque chose de trop clinique, trop froid, mécanique ou métallique. Or sa construction artistique est profondément émotionnelle : si, au moment de travailler, le système n'est pas engageant, l'émotion peut s'éteindre et le processus créatif s'arrête.
Moi, je venais du studio et j'avais appris à travailler avec les outils professionnels classiques. Pendant longtemps, c'était pour moi le seul univers possible. Mia m'a poussé à regarder ailleurs, notamment vers la haute fidélité, parce qu'elle pouvait éprouver davantage de plaisir et d'engagement avec certaines enceintes Hi-Fi.
À quel moment considérez-vous qu'un système vous plaît vraiment ? Qu'est-ce que vous recherchez ?
Mia : Le critère est d'abord émotionnel. C'est presque un interrupteur : soit j'ai une émotion, soit je n'en ai pas. Je souhaite retrouver du timbre, une retranscription très détaillée, beaucoup de subtilité, aucune agressivité. Notre musique est très texturée, j’ai donc besoin de retrouver cette texture et cette finesse dans l'écoute.
Benjamin : Nous créons beaucoup de couches, des textures sur des textures. Nous aimons les panoramas riches, les compositions qui fourmillent de sons. Nous ne sommes pas vraiment minimalistes. Donc un système doit être capable de garder cette complexité lisible sans l'aplatir.
LA DÉCOUVERTE D’ESPRIT
Comment avez-vous découvert Esprit, et à quel moment vous êtes-vous dit qu'il fallait aller plus loin avec la marque ?
Benjamin : J'ai découvert Esprit à travers des cercles de mélomanes et d'audiophiles très attentifs à la mise en oeuvre des systèmes et à l'utilisation de câbles adaptés. On m'a proposé de découvrir plusieurs marques. J'ai écouté Esprit sans a priori, sur une ancienne génération d'Eterna, et j'ai trouvé cela excellent. Pour moi, l'écoute avait été transfigurée.
À partir de ce moment-là, je me suis dit qu'il fallait creuser. Je suis ensuite redescendu dans la gamme, vers Alpha et Beta, et j'ai compris que même les produits les plus accessibles étaient déjà qualitatifs. Quand l'entrée de gamme est déjà bonne, on se demande forcément jusqu'où peut aller le savoir-faire sur des modèles à 1 000, 2 000 ou 3 000 euros.
Parfois, on pense qu'il faut changer d'amplificateur pour progresser. Mais un câble bien choisi peut donner l'impression d'avoir franchi une classe qualitative sans avoir à remplacer toute l'électronique. C'est à ce moment-là que j'ai vraiment compris l'intérêt du travail d'Esprit.
Qu'est-ce qui vous a marqué en venant découvrir l'entreprise ?
Benjamin : Il y a beaucoup de choses. D'abord, l'accueil. Le sens de l'accueil ici a été exceptionnel. Il est très compliqué de travailler avec des gens que l'on estime professionnellement mais pas humainement. Quand, en plus du talent créatif, on découvre de belles personnes derrière, cela change beaucoup de choses.
Ensuite, l'ambiance. J'ai vraiment l'impression que les gens sont heureux de travailler ici. Nous avons quitté le monde de l'entreprise très jeunes pour nous consacrer à la musique, donc voir un petit microcosme où les gens s'entendent bien et travaillent dans une bonne atmosphère fait du bien. Et puis l'outil de travail. Je trouve cet auditorium excellent. On est bien ici. Et bien sûr, il y a eu la découverte des Lisa, qui a été un véritable coup de coeur.
Je ne doutais pas que ce serait bon, mais quelque chose peut être bon de beaucoup de manières différentes, y compris d'une manière qui ne nous touche pas. Là, cela nous a touchés, et c'était extrêmement rassurant. J'ai déjà eu l'occasion d'écouter des enceintes devant leur créateur sans qu'elles me plaisent vraiment. C'est une situation très inconfortable parce qu'on respecte toujours le travail. Avec les Lisa, au bout de dix secondes, je me suis dit : c'est bon, on va pouvoir dire exactement ce qu'on pense. Et cela fait énormément de bien.
ÉCOUTE DES LISA
Justement, qu'est-ce qui vous a frappés à l'écoute des Lisa ?
Benjamin : La première chose, c'est déjà l'intelligence de Richard dans le niveau d'écoute : ni trop fort, ni trop faible. Cela change énormément la perception. Ensuite, ce qui saute immédiatement aux oreilles, ce sont les timbres. On est dans une véracité des timbres où les instruments existent pour ce qu'ils sont. Pour moi, c'est la base de toute écoute intéressante.
La deuxième chose, c'est la quantité de détails tout en conservant une grande douceur dans l'aigu. L'aigu est soyeux, filé, il monte haut, mais sans mise en avant, sans agressivité, sans granularité. Il y a énormément de détails, mais tout reste à sa place. Puis il y a la profondeur de scène. C'est probablement ce qui m'a le plus frappé après les timbres. L'arrière-plan reste extrêmement net et détaillé. J'appelle les zones arrière latérales les “diagonales” : c'est souvent ce qui est le plus difficile à rendre, parce que ces informations ont tendance à s'estomper rapidement. Là, il y avait du détail partout.
D'un point de vue professionnel, c'était grisant parce que cela permettait de juger des éléments que l'on ne peut pas toujours juger sur d'autres systèmes. Sur certains morceaux de démonstration, je me suis surpris à analyser la qualité même des réverbérations, leur texture et leur choix. Ce ne sont pas seulement des enceintes qui montrent qu'il y a de la réverbération : elles permettent d'entendre comment elle a été choisie et travaillée. C'est un peu comme si, dans un jeu vidéo, la distance d'affichage passait soudainement de cent à deux cents mètres. L'impression de réalisme augmente parce que la perspective va plus loin.
J'avais aussi entendu une critique selon laquelle les démonstrations de ces enceintes reposeraient surtout sur des guitares seules ou de petits ensembles, comme si elles ne supportaient pas les messages complexes. Richard nous a justement fait écouter des oeuvres beaucoup plus chargées et arrangées. Elles digèrent tout parfaitement. Il n'y a pas de tassement ni d'effet de masque qui agglomère les instruments. Elles supportent réellement un message très complexe, y compris notre propre album, qui est volontairement très typé années 70, très arrangé et pas forcément conçu pour donner une définition artificielle. Le résultat restait exactement conforme à ce que nous avions voulu faire.
Autre point très important : l'articulation du grave et de l'extrême grave. Beaucoup d'enceintes ont tendance à agglomérer les registres et à perdre les nuances entre une basse, une contrebasse et le kick d'une batterie. Ici, tout reste extrêmement défini et articulé.
Mia : Ce qui m'a frappée, c'est le rendu de l'espace. Quand on écoute, on a vraiment l'impression que les gens sont là. L'étagement des plans est magnifique. Et il y a beaucoup de détails très fins. Richard nous a aussi fait écouter un morceau avec une dimension plus hip-hop, très rebondissante, et j'ai beaucoup aimé. Les enceintes ne sont pas glacées. Elles sont très vivantes, très groovy, avec beaucoup d'énergie. On a également l'impression qu'elles disposent encore de beaucoup de réserve.
Concernant ma propre voix, c’était différent de chez nous, parce que nous n'avons pas le même système et que nous travaillons aussi beaucoup au casque. Mais cela m'a apporté beaucoup de plaisir. C'était incarné. On ressentait vraiment ce que nous avions voulu faire sur cet album, notamment le côté années 70 et toutes les textures. J'ai trouvé cela magnifique.
Benjamin : J'ai trouvé que les enceintes avaient l'honnêteté de révéler davantage de défauts que ce que nous entendons parfois chez nous, et paradoxalement cela donnait encore plus de charme à l'ensemble. Nous avons choisi sur cet album de laisser une part d'humain, notamment dans la voix de Mia, sans chercher à tout corriger.
QUELQUES RECOMMANDATIONS ?
Si vous deviez donner quelques albums ou bandes originales que chacun devrait connaître ?
Benjamin : Je vais être un peu à côté de la question et donner surtout des bandes originales. Je dirais Gattaca de Michael Nyman ; Eternal Sunshine of the Spotless Mind, dont la musique est de Jon Brion ; Solaris de Cliff Martinez ; Interstellar de Hans Zimmer ; et Un Singe en Hiver, de Michel Magne.
Mia : De mon côté, je citerais notamment Portishead, l’album éponyme; Overgrown de James Blake; Urban Hymns de The Verve; 100th Window de Massive Attack; et Moon Safari de Air.
Paris les sorties récentes, est-ce qu'il y a eu un album ou un projet qui vous a particulièrement marqués ?
Benjamin : Sur les albums qui nous touchent, nous sommes finalement assez mainstream. Nous avons adoré Currents de Tame Impala, The English Riviera de Metronomy et Jungle. Nous sommes aussi touchés par ce qui touche beaucoup de monde.
Mia : Le dernier album que j'ai vraiment adoré, c'est Volcano de Jungle.
Et si vous deviez citer quelques films à ne pas manquer ?
Benjamin : Solaris, Gattaca et Un singe en hiver. J'ai énormément de respect pour les compositeurs français des années 1950, 1960 et 1970. Les musiques de films comme Un singe en hiver ou Cent mille dollars au soleil sont magnifiques : elles invitent au voyage. C'était une époque où le cinéma français ne faisait pas moins rêver que le cinéma américain.
Mia : Blade Runner et Interstellar font aussi partie des films et univers qui me marquent.
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“Dans mon parcours de compositeur/producteur, j’ai adopté les usages et les standards du milieu pour m’intégrer au mieux à un écosystème professionnel très normé et à la tolérance à l’iconoclasme franchement limitée.
Qu’il s’agisse des logiciels, des convertisseurs, des micros, des consoles, des périphériques divers et de la câblerie, j’ai fait comme tout le monde pour ne pas être mis au ban d’un milieu qui vend la garantie d’un rendu dit « professionnel ».
Simplement, au fil du temps, mes compétences grandissant et ma notoriété avec, j’ai compris que l’on pouvait pardonner à ceux que l’on respecte de marcher un peu à côté des traces, et que cela pouvait même s’appeler de l’identité. Bien maigre marqueur d’une singularité qui, dans le fond, devait sûrement s’exprimer plus largement qu’en désertant Pro Tools et en osant une configuration hybride analogique/numérique quant au traitement d’une chaîne sonore.
Quoi qu’il en soit, le problème avec la liberté, c’est que l’on s’y habitue vite et que l’on en veut toujours plus. Cela a tendance à nous pousser à réexaminer tout un tas de dogmes que nous considérions comme des vérités intangibles au prétexte que : si tout le monde fait comme cela, il est évident que c’est la meilleure manière de procéder. Le ver étant dès lors dans la pomme, on a vite fait de comprendre que l’on était en fait la bonne poire, objet de manipulations de la part de compagnies plus agiles en ingénierie sociale qu’en ingénierie sonore.
Alors quitte à oser la folie jusqu’au bout, qu’en était-il des câblistes, sorte de platistes de l’audiophilie ? Est-ce que finalement, en dehors du principe de symétrisation du signal pour rejeter les parasites sur les longues distances de conduction du signal, il pouvait y avoir des variations en fonction d’autres paramètres ? Finalement, est-ce que la notion de qualité d’un câble pouvait être jugée sur une autre grille que celle de sa résistance aux torsions ou aux casses de soudure, par exemple ?
Dans ce panorama du dark audio, une société française tirait son épingle du jeu : Esprit Audio. Que voilà donc une porte d’entrée toute indiquée pour tester. Comme dirait Stromae : alors on teste !
D’abord les entrées de gamme, puis au-dessus, puis encore au-dessus, et l’on remarque. On remarque des différences, minimes ou notables, bénéfiques ou juste étonnantes. Alors on a vite fait d’en tirer des conclusions, et des évaluations de pertinence, de rapport prix/performance et de hiérarchisation de ce qui vaut le coup ou pas. Sauf que, quand on continue un peu, parce qu’on est curieux et passionné, on s’aperçoit que les jugements sont sans arrêt à être tempérés par des paramètres aussi simples que : ce câble était moyen sur ces enceintes, mais bien plus pertinent sur celles-là. Dès lors, on commence à saisir l'insaisissable, la notion de synergie, porte grande ouverte à Baelzébuth lui-même : la subjectivité. Celle qui fait que les Hommes se différencient des clones et que ces derniers se mettent d’un seul homme à s’attaquer à vous, comme une intelligence artificielle à qui vous expliquez que vous allez prendre à droite plutôt qu’à gauche parce que c’est juste plus beau par là.
Bon, allons-y : les câbles d'enceintes, c’est oui. Les câbles de captation, de toute façon, pour le moment aucun fou n’a décidé de les amener plus loin. Alors, qu’en est-il des câbles numériques ? Les hérétiques audiophiles qui ont réussi, sûrement par fourberie, à échapper au bûcher prétendent aussi qu’il y a de grandes différences… allons bon… en véhiculant des 0 et des 1 ? Et mince, si ça se trouve, je me suis fait endormir par la psychoacoustique depuis le départ et, en fait, ce bon vieux Richard Cesari et son accent marseillais était à l’image de l’OM… à jamais la bouche ouverte :)
Alors on teste… Et là encore, la psychoacoustique est terrifiante, parce que là aussi : effectivement, de grandes différences sont audibles ! Alors qu’est-ce que l’on fait ? On demande un remplacement de ses oreilles jusqu’à en trouver qui soient valides et que l’on ne puisse plus jamais entendre de différences entre les câbles analogiques, entre les câbles numériques, entre les enceintes même si possible, et même entre les artistes ? S’il vous plaît, rendez-moi ma liberté de robot !!!
Et oui, évidemment, rien de cela n’est plus possible, parce que le dentifrice ne rentre plus dans le tube une fois sorti, et que sans devenir l'objet de toutes mes obsessions, oui, j'ai compris que les câbles faisaient une énorme différence et que la meilleure manière d’intégrer ce paramètre à mes systèmes, c’était d’identifier les constantes et les variables et de m’appuyer sur les fondations en dur pour construire le mobile.
Alors voilà, je faisais donc partie de la secte des sous-hommes qui entendent, mais bon, comme je suis un artiste après tout… regarde Paco Rabanne et Jean-Claude Van Damme…
Mais ce bon Richard, toujours à l’affût de nouveaux moyens de faire appliquer le précepte : « tout bien que tu détiens est un souci qui te retient », et estimant que cet homme est bien là pour nous ôter tous nos soucis, a peut-être commis l’erreur de trop.
Le bougre se lance dans les enceintes, et là, on va donc pouvoir le coincer en constatant sur du dur, du vrai, qu’il n’entend rien et que de toute façon toutes ses productions étaient en fait fabriquées depuis le début par les robots d’Elon Musk sur Mars !
Sauf que là encore, ses enceintes sont de vrais bijoux. Pire : dans le fond, faire des enceintes quand on a passé sa vie à mettre au point des câbles, c’est peut-être plus facile pour lui.
Et là, on comprend qu’en fait, la psychoacoustique, c'est bien nada, que cet homme a un talent bien solide, que son œuvre technique s’accorde à une sensibilité redoutable, à un sens du jugement et des arbitrages remarquables.
J’étais fait pour rencontrer un reclus de la bonne société comme lui et je voulais que l’on puisse travailler ensemble. Je voulais comprendre comment on arrive à concevoir ce qui est indispensable à ce que je puisse créer. Parce que l’inspiration ne naît pas forcément dans la consommation de drogue et la maltraitance de partenaires de vie. Parce que pour Mia et moi, l’enthousiasme jaillit de la noblesse et de la beauté des objets que l’on utilise pour faire de la musique, pas d’un storytelling de lifestyle ou de grandes envolées de bien-pensance.
C’est donc chose faite, la rencontre a eu lieu et la connexion électromagnétique est opérante, accouchant déjà de fertiles productions que nous allons avoir le plaisir de vous présenter très vite.
À croire que les grands Esprits Audio aussi se rencontrent…
Benjamin Shielden